Manu militari

Par Pierre • 5 Mar, 2008 • Catégorie: populaires

N’étant pas adepte de ski alpin, mes vacances dans les Laurentides se limitaient à la lecture ainsi qu’à de courtes séances de raquette sur le lac adjacent au chalet. Le lac étant assez petit, j’ai réussi à aplatir la quasi totalité de sa surface en deux jours. Le risque d’ennui atteignait un nouveau sommet. C’est mon frère, lors d’un souper de famille, qui m’a indiqué la présence d’une ancienne base militaire à environ 30 minutes de mon chalet. Avant que le contrôle du territoire ne se fasse quasiment uniquement par satellite, la détection par radar permettait d’éviter l’invasion de villes importantes par les forces ennemies; Sainte-Agathe-des-Monts ou alors Sainte-Perpétue par exemple.

Ayant des indications sommaires, je me rends au village en question pour demander à ses habitants à quel endroit se trouve le site. Pas de réponse, du moins la collecte d’éléments vagues, souvent contradictoires, ne permettant pas d’avoir des informations convaincantes. Selon la commis de la (seule) station service du village, cet endroit aurait été converti en résidence pour personnes âgées. Certains affirment que l’armée protège toujours l’endroit. D’autres refusent même de me répondre.

Je retourne donc sur mes pas. Entre temps, de la route j’aperçois l’énorme structure de béton de ce qui me semble être un château, perché au sommet d’une montagne. Je décide de m’y rendre, mais comme je pense atteindre la forteresse, le chemin déjà assez glacé et tortueux s’arrête devant une montagne de neige. Ma fidèle tercel ne peut aller plus loin. Je sors mes raquettes, mes bâtons et un petit sac de taille pour transporter ma caméra. N’ayant aucune idée précise de la direction à prendre, je décide de couper entre deux montagnes et de monter graduellement en altitude pour apercevoir la forteresse. M’enfonçant dans plus de six pieds de neige, j’avance tant bien que mal vers le sommet d’une petite colline.

La croyance populaire indique que les raquettes empêchent le coureur des bois de s’enfoncer dans la neige. C’est une légende urbaine. Seuls les crampons sont utiles. Ils servent sans aucun doute à tuer un Wendigo ou des carcajous à l’occasion.

Avant de perdre espoir et de partir à la chasse à l’écureuil pour ma survie, je vois une clôture, ses restes du moins, qui pend d’une falaise. Le bâtiment est là, je le sais, je le sens.

Devant la forteresse

Face Nord

Dernier étage

“Au début de 1950, les Forces Armées Canadiennes contribuent à l’essor de l’économie locale et à l’immigration de nouvelles familles par la construction d’une base militaire et par l’installation d’équipements de détection par radar.” C’est la suite de l’histoire qui explique la présence d’une façade de briques, d’armoiries et de trois tours médiévales. Non, ces travaux ne sont pas les conséquences des frasques exotiques d’un général post-traumatisé, mais bien de la conversion de la forteresse en château médiéval à la fin des années 1990. On pouvait alors assister à des joutes médiévales tout en dégustant un poulet avec ses mains pour ensuite en lancer les restes sur la tête du troubadour. Ce projet fut malheureusement abandonné et le château fut laissé à l’abandon. Le roy est mort, vive le roy!

La totalité des photos (30) sont sur flickr. Par ici…

Pierre est Étudiant et touche-à-tout. Il travaille présentement en santé mentale et il s'intéresse à la photographie, au journalisme et à l'éducation.
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